27 novembre 2009
Identité, censure et papiers
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Le garçon s’est enfui sur la plage
Car il courait après son image.
Dans son esprit tout s’est mélangé,
Mots creux, discours, vague identité.
Il courut vers un chien qui passait,
Mais le chien disparut à jamais.
Il interrogea bien l’océan,
Qui répondit par « vide » et « néant ».
Il s’en fut à travers le brouillard
Qui se veut la censure de l’art.
Mobilité, liberté, parole,
Par contrainte sont devenues folles.
Le garçon s’est donc passé de mots
Pour trouver la lumière d’en haut.
Ne pouvant s’exprimer comme humain,
De la bête il connut le destin.
Le voilà pourtant privilégié :
Tel l’écrivain, il a ses papiers.
.14 octobre 2009
Folie
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Folie, quel vent de tempête tu souffles !
Tu offres aux regards mille visages d'épouvante.
Tu fais plier les justes, les braves, les honnêtes qui ne savent mentir.
Tu renverses les petits et les faibles, tu défais les coutumes les plus nobles,
Tu mets à bas l’édifice de l' Histoire, dans une furieuse
Succession d’attaques cyniques contre ce qui est bon.
Tu mens, tu craches ton mépris, tu dis n’importe quoi pour que les gens
Te suivent, et mettent en toi leurs espoirs déjà déçus.
Tu renonces à faire la paix, tu t’installes sur le terrain de ton voisin,
Tu prends des innocents pour cibles de ton armée,
Tu prives le plus pauvre de sa dernière chance de manger un peu,
De pêcher un peu de poisson dans la mer près de la Palestine.
Tu fais tuer quiconque ose dire tes crimes,
Depuis Vienne et Moscou jusque partout au monde !
Terres accablées d’injustice, d’opprobre, de violence, partout
Le souffle ignoble sort de ta gueule béante comme un feu qui dévore,
A croire que la bête de l’Apocalypse est là !
Folie, tu n’épargnes pas la misère, ni la beauté de l'homme qu'habite la vérité.
Folie, tu désespères même les plus endurcis et fidèles à servir leur prochain,
Tu fais de nous ton jouet, dans la fureur de tes flots.
Folie, ton heure passera.
Les faibles se rebellent, les puissants voient plus clair.
Folie, profite bien de ce règne, le tien, qui ne peut pas durer
Car tu sèmes la mort, et la mort te mordra !
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14 septembre 2009
De la fourmi j'ai l'apparence
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Un petit poème pour me faire pardonner de n’avoir rien écrit depuis plusieurs jours :
Telle la fourmi, j’étais pris par des tâches très graves.
Des injustices à dénoncer, ou à essayer de prévenir…
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De la fourmi j’ai l’apparence
Car on me voit très occupé, sans cesse, à des tâches immenses ;
Et pourtant par la taille une fourmi, c’est très petit !
Du vent j’ai la suffisance
Car je m’en viens et je m’en vais, sans égards et sans prévenances :
Au gré de ma seule fantaisie.
De l’animal j’ai la lourdeur
Car mon prochain dans le malheur
Ne trouve pas auprès de moi
L’amour auquel il peut prétendre :
Malgré mes airs civilisés,
Quand mon confort est menacé,
Je m’enfuis comme à tire-d’aile
Chat poltron plutôt que gazelle !
Non, ce n'est pas vraiment bien beau
De se voir sous un jour sincère !
Et pourtant
Se comparer aux animaux
Nous fait sourire et nous libère…
27 août 2009
Les vitraux qui chantent
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Lumière des vitraux, qui chante
Comme un grand feu dedans mon cœur ;
Moisson de fleurs au cimetière
Comme un décor sur le malheur ;
Un doux souvenir est venu,
Mettant en fuite mes rancoeurs.
Mais j’entends, tel un bruit de pierres,
Le vaste monde en ses malheurs.
…
Lumière des vitraux, tu danses
Comme la vie dans la douleur :
Tu redis pour nous l’espérance,
Sa force intime, sa candeur;
Vitraux, présence vivifiante,
Vous êtes l’âme des plus forts :
Nous écoutons votre silence
Tout décoré de grands accords.
Le monde est fou, le monde est faible,
Il n’a ni maître ni raison :
Vous, dont le chatoiement révèle
La vie, les fleurs et les saisons,
Soyez l’éclat, dans nos pensées,
De tous vos mondes étoilés ;
Par vous nos joies seront plus belles,
Vie dansera dans nos maisons.
15 août 2009
Il est des yeux profonds
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Il est des yeux profonds comme une mer immense
Où la rancœur se perd, où s’oublie la violence.
Il est des fleurs sublimes comme des chants d’oiseaux,
Simples comme un parfum répandu sur les eaux.
Il est dans notre cœur un prodigieux silence
Où l’amour resurgit, ranimant l’espérance.
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23 juillet 2009
Le vieil homme au fardeau
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Chargé d’un trop lourd fardeau,
Il allait à pas prudents
Par les bois et par les champs
Tout le long d’un clair ruisseau.
Il avait un peu vieilli,
Mais il retrouvait l’ivresse
Des beaux jours de sa jeunesse,
Souvenirs de paradis !
Parmi fleurs, arbres et bêtes,
Il se sentait bien chez lui :
Les odeurs, le vent, les bruits,
C’était comme autant de fêtes
Dont il goûtait la douceur.
Doucement, plein de silence,
Il marchait avec prudence
Sur un chemin de ferveur.
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10 juillet 2009
Bonheur
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Telle une énorme roche posée sur notre dos,
Un instant de douleur pèse une infinité.
Lumière de la vie, gracieux et pur cadeau,
Un instant de bonheur ouvre l’éternité.
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26 juin 2009
Pagaille
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Quelle pagaille dans ma vie !
Ce tourbillon me désespère.
En moi s’affrontent les envies,
Espoirs trompeurs, folles chimères !
Les sentiments, les sons, les mots
Mènent la danse dans mon coeur
Et forment un joyeux chaos
Dans un constant besoin d’ « ailleurs ».
Me voilà donc sans cesse en route
Tout haletant de vains désirs,
Ignorant la pensée, le doute :
Je suis tourné vers l’avenir.
Un pauvre mendiant me regarde
Et me dit, sur un ton poli :
« Ami, avec mes vieilles hardes
« Je suis heureux, je suis béni
« Car dans mes habits misérables
« Je sais que vivre me suffit. »
Ces quelques mots, pourtant aimables,
Sonnent en moi comme un défi.
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16 juin 2009
Ami, je voudrais bien
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Ami, je voudrais bien ce soir que tu me dises
Comment tu peux compter l’infini des étoiles.
Et lorsqu’à l’horizon se profile une voile
Comment tu peux savoir, dans la lumière grise,
Où débuta sa course, quelle route elle suivra…
C’est ainsi qu’en ce monde où règne le destin
Les peuples se dirigent sur l’océan d’histoire
Rempli de tyrannies, révolutions, victoires,
Sans que jamais l’on sache si c’est mal, si c’est bien,
Du moins sur le moment. Car : « qui vivra...verra ».
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09 juin 2009
La pierre est sortie sur le chemin
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La pierre est sortie sur le chemin.
Elle a marché, couru, sauté : en vain !
Couronnement de pénibles efforts,
Elle est restée sur place toute la nuit, dehors !
Elle a pris froid dans la bise et le gel,
Elle a maudit et la terre et le ciel.
Pourtant, beaucoup plus tard, vers le petit matin,
Un garçonnet, passant par là, lui a tendu la main.
« Bonjour », dit-il en souriant d’une façon amie,
« Et que fais-tu donc là, au milieu de ma vie ? »
La pierre répondit qu’elle avait goulûment
Voulu sortir (esprit de fronde !),
Et qu’elle avait pris froid
En moins d’une seconde !
Le garçon dit « Je vois :
Tu n’es donc pas la pierre que croirait tout le monde
En te voyant ainsi, bien dure, quoique polie
Par le temps, et la pluie.
Et tu n’es pas, je crois, sortie sur le chemin
Pour voir le paysage et chanter des refrains :
Tu es ce gros caillou que j’avais dans le cœur,
Qui tant me faisait mal que j’avais toujours peur
Et maudissais sans cesse les gens qui m’approchaient,
Les vieux, les jeunes, tous, car je les détestais.
Tu m’es sortie du cœur et te voilà malade
Et je te trouve ainsi, seule et abandonnée,
Au cours de ma tournée, matinale balade.
Or, dès que je t’ai vue j’ai eu pitié de toi
Si bien que c’est un cœur, un vrai, que je te dois. »
Le garçon prit la pierre et l’emmena chez lui,
La posa devant l’âtre et pas trop loin du feu :
Lui, est devenu bon ; elle, caillou heureux.
§
La pierre ne regrette pas
D’être sortie sur le chemin
Pour guérir le gamin
Au cœur de pierre.
Bon, d’accord ! Mais le chat, qui passait par là, et qui vu la scène,
Que pense-t-il de tout cela ?
A vrai dire, je n’en sais rien,
Et je crois que c’est fort bien…
D’ailleurs, même l’oiseau, qui a vu le chat,
Vous dira…
Mais le rat, oui le rat,
Et l’abeille,
Et toutes les merveilles
Du petit jour, moment du fol amour,
Vous diront… diront... iront... ron…
Je ne sais pas, tu ne sais pas,
Et c’est cela qui est fort bien.
Tiens ?
Celui qui cherche à tout comprendre
Risque fort de se méprendre
Sur les plus simples choses :
La beauté d’une rose
Dans le matin aux doigts de fée
Où, silencieuse, elle est éclose
Comme une joie, pour nous, donnée.
Cela, même un caillou pourrait le dire,
Il voit beaucoup, il a vu pire !
Mais le chat, l’oiseau, et l’abeille et le rat
Aucun d’eux jamais ne pourra
Nous parler sans devoir traduire…
Alors, comprenne qui voudra,
Essayons de mieux nous conduire
Et, pour le moins, ne point leur nuire.
Car nous avons, au lieu du cœur,
Un gros caillou qui nous fait peur.
Or, le caillou, c’est une pierre qui est sortie…
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